Le nucléaire est-il une énergie verte ?

Alors que la Commission Européenne vient d’accorder le label vert au nucléaire et au gaz naturel, on peut se demander ce que signifie « énergie verte » ? Des énergies renouvelables ? Des énergies faiblement émettrices de gaz à effet de serre ? Ou bien des énergies de transition vers la neutralité carbone qui reste un objectif incontournable pour lutter contre le réchauffement climatique.

Qu’appelle-t-on énergie verte ?


Le terme d’énergie verte désigne communément l’électricité produite à partir de sources d’énergies renouvelables tels que l’hydroélectricité (barrages) ou les énergies éoliennes, solaire, géothermique ou encore celle issue de la biomasse. L’énergie verte représente donc deux avantages importants : son impact faible sur l’environnement et une alternative à la raréfaction de certaines ressources énergétiques que nous utilisons massivement aujourd’hui à l’échelle mondiale. 

Néanmoins dans les faits, une énergie verte (souvent assimilée à une énergie propre), est une source d’énergie dont l’exploitation ne produit que des quantités faibles de pollution par rapport à d’autres sources considérées comme plus polluantes (charbon, pétrole et gaz). Or l’exploitation ne constitue qu’une partie du cycle de production d’une énergie dite « verte. » Elle ne prend pas en compte les ressources mobilisées en amont, lors de la phase de construction, comme les métaux rares ou les minerais, ni la production de déchets d’exploitation ou encore la fin de vie de la source de production. 

Si l’on considère donc le cycle de vie complet des technologies de production d’énergie, il convient que l’énergie propre n’existe pas et qu’elle est, dans tous les cas, un critère relatif. 

Un label vert pour les énergies

Qu’est-ce que la taxonomie verte européenne ?

La Commission Européenne a annoncé, le 2 février 2022, la création d’un label vert pour les centrales nucléaires et au gaz, reconnaissant, sous certaines conditions, leur contribution à la lutte contre le changement climatique. Le but de la taxonomie verte proposée par la Commission est clair : pour atteindre ses objectifs climatiques ambitieux (zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici à 2050), l’Union Européenne doit sortir des combustibles fossiles et mobiliser des capitaux afin de financer les investissements nécessaires vers les technologies « vertes » respectueuses de l’environnement.

La taxonomie en + clair

La taxonomie verte européenne est un système de classification des activités économiques durables, c’est-à-dire, celles qui contribuent à atténuer le réchauffement climatique. Les investissements européens seront par conséquent dirigés vers ces activités considérées comme durables et qui contribuent à l’un des 6 objectifs suivants :

  1. atténuer le changement climatique
  2. s’adapter au changement climatique
  3. faire un usage durable de l’eau
  4. préserver la biodiversité
  5. respecter les règles de l’économie circulaire et le recyclage des déchets
  6. prévenir et contrôler les risques de pollution
« Pour atteindre son objectif de neutralité carbone en 2050, l’Europe devra réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’au moins 55 % d’ici à 2030. » 

Le nucléaire : une énergie contribuant à la transition énergétique

Un nouvel élan du nucléaire est nettement apparu lors de la COP26 tenue en novembre 2021. L’énergie nucléaire apparaît comme un véritable atout pour atteindre l’objectif commun qui lie les 196 États membres à savoir de sortir des énergies fossiles et réduire les émissions de gaz à effet de serre.

L’énergie nucléaire est présentée comme une composante essentielle de la stratégie de décarbonation des pays du monde entier. Le nucléaire est en effet une source d’énergie bas carbone qui contribue à la production d’une électricité très faible en CO2. Il émet ainsi 70 fois moins de CO2 que le charbon, 40 fois moins que le gaz, 4 fois moins que le solaire, 2 fois moins que l’hydraulique et autant que l’éolien. 

  • Le plan d’infrastructure de Joe Biden, adopté le 15 novembre 2021, prévoit plus de 8,47 milliards de dollars pour les centrales nucléaires déjà en activité et des projets pilotes tournés vers le nucléaire de pointe.

  • En Chine, le gouvernement prévoit la construction de 150 nouveaux réacteurs dans les quinze prochaines années.

  • En France, le Président Emmanuel Macron vient d’annoncer le 10 février 2022 un programme de construction de 6 EPR2 suivi de 8 additionnels, ainsi que la prolongation du parc existant conditionné à l’accord de l’Autorité de Sûreté Nucléaire.

Pour Bruxelles, si les énergies renouvelables, déjà labellises par la Commission européenne, demeurent une priorité, elles ne pourront pas, à elles seules, répondre à la demande croissante d’électricité en raison de leur production intermittente. D’où le besoin, à titre transitoire, de favoriser aussi l’investissement dans des moyens stables et pilotables

Grâce à son système de production robuste, le nucléaire fournit une électricité en continu capable de s’adapter à la demande électrique. 

Le label convoité sera accordé aux activités de recherche et développement de construction de nouvelles centrales nucléaires (dont le permis aura été délivré avant 2045) et d’extension de la durée de vie des centrales (autorisée avant 2040). La Commission européenne prévoit des conditions liées à la gestion des déchets radioactifs. Elle envisage de revoir tous les dix ans, à partir de 2025, les paramètres techniques que devront respecter les nouvelles centrales. 

Conclusion


Le dernier rapport du GIEC et le pacte de Glasgow signé à l’issue de la COP26, ont alerté sur la nécessité absolue de baisser nos émissions de CO2 à l’horizon 2030. Dans cette optique, il devient urgent de mettre l’accent sur les énergies contribuant à ces objectifs. Si l’énergie 100 % verte ou propre n’existe pas vraiment, nucléaire et renouvelables sont le binôme gagnant pour lutter contre le réchauffement climatique et contre notre dépendance aux énergies fossiles. 

  • Le rapport RTE montre que les scénarios avec un mix nucléaire/renouvelables coûtent 20 Mds€ par an de moins que les scénarios 100 % renouvelables. 
  • Les fumées qui s’échappent des tours des centrales nucléaires ne sont pas des rejets de CO2 mais seulement de la vapeur d’eau issue des tours aéroréfrigérantes. Elles sont inoffensives pour l’homme et pour l’environnement.
  • Le charbon était l’énergie du 19ème siècle. Le pétrole celle du 20ème siècle. L’électricité bas carbone sera celle du 21ème siècle.
  • Grâce au nucléaire en majorité, mais aussi aux renouvelables dont l’hydroélectricité, la France dispose d’une électricité bas carbone à + de 90 %.
  • Pour rester à + 1,5°C au maximum, le GIEC appelle d’ici 2050 à cesser tout usage du charbon et à réduire de respectivement 60 % et 70 % ceux du pétrole et du gaz (par rapport aux niveaux de 2019). 
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